Histoire de la Turquie : un enjeu de taille ?

Written by Safiye Aydik on . Posted in Safiye Aydik

« Ne pas connaître son histoire, c’est comme ne pas en avoir. » dit Marcel Tessier, historien québécois.

Sur cette base, nous Canadien (nes) d’origines turques vivant au Canada pouvons-nous vraiment prétendre connaître notre histoire qui est celle des Turcs donc de l’Empire Ottoman et de la République turque et ce, sous tous ces angles? Ou en d’autres mots, avons-nous une idée assez juste et assez complète de l’histoire turco-ottoman et ce de façon scientifique? Et par là, nous ne parlons pas du fait de mémoriser tous les dates et événements historiques mais plutôt le simple fait de reconnaître toutes les périodes à partir de sa fondation en 1453 ?

Il est certes difficile de comparer l’histoire du Canada à celle de la Turquie mais lorsque nous discutons de l’histoire d’un pays comme celui du Canada (ou un pays européen ou même les États-Unis), nous sommes tous d’accords sur les valeurs humaines, culturelles, religieuses et politiques qui ont forgé ce pays à travers les siècles. Et nous les acceptons et les assumons tous entièrement bien évidemment. La colonisation des terres amérindiennes et la reconnaissance de la dépendance politique du Canada envers l’Angleterre et sa loyauté jusqu’à ce jour sont des exemples concrets qui soulignent son histoire. Ce dernier débute avec l’arrivée de Christophe Colomb sur cette terre puisque les colons s’y installent. Il serait déraisonnable de rompre tout ce passé par la date officielle de la Constitution du Canada !

Cependant, pouvons –nous dire pareil pour la Turquie? Au fait, l’histoire de la Turquie est tronçonnée en deux comme si celle ci n’en faisait pas Une. Le kémalisme ou serait ce plus exact de dire les kémalistes rompent tout lien avec leur passé « ottomanistes », perçu comme son antagonisme ! Les acquis politiques, constitutionnels, traditionnels et religieux de la période ottomane sont totalement ou en grande partie été refoulés par les kémalistes faisant même de l’empire ottoman donc de six siècles d’histoire une période de décadence. Les livres d’histoires en Turquie relatent en grande partie si non uniquement du personnage d’Ataturk et de l’histoire de la Turquie débutant par la naissance de la République turc qui est pour certains synonymes directe de la naissance des Turcs! Pourtant, tout le monde sait que nier la fondation de l’histoire d’un peuple est synonyme de scier même l’histoire de cette nation.

Toujours sous la même perspective, nous savons tous que les événements historiques au Canada (ou en Europe ou même aux Etats-Unis) sont bien évidemment et tout naturellement analysés, étudiés et interprétés par les historiens. En Turquie, la situation est différente. Oui, il existe bien sûr des historiens spécialistes sur l’histoire de la Turquie. Mais en Turquie il arrive parfois et même souvent de voir que les événements historiques sont débattues, non contextualisaient, exposaient sans citation et pour arguments afin de dénoncer certains sujets d’actualité qui secouent le contexte socio-politique de la Turquie actuelle par des personnes qui n’ont aucun bagage historique parfois même académique ! Les arguments historiques deviennent alors des idéologies personnelles. Ainsi, un reportage sur la chaine TVA qui a eu lieu en octobre 2013 ayant pour inviter un dénommé S. K., est un exemple concret à cela. Fervente militante contre le port du voile islamique, S.K. dit à l’émission que l’objectif du parti AKP est de détruire tous les symboles et principes de la République d’Ataturk et que le premier ministre turc «fait reculer le pays de 1000 ans en arrière». Donc, loin d’être spécialiste de la politique encore moins de l’histoire turque S.K. qui est à l’emploi d’un magasin d’herboristerie à Montréal est présenté à l’émission comme étant féministe et militante rassemblant la communauté turque à Montréal. Elle critique fermement et sans appui scientifique le pouvoir politique actuel de la Turquie contemporaine et lui reproche de s’aligner dans la voie de l’idéologie ottomane. Ainsi, tous les critiques sont bons ! Cela creuse le fossé encore plus profond de la méconnaissance et de l’incompréhension face à une histoire unique et complexe.

Pourtant, l’apprentissage de l’Histoire et surtout celle de la Turquie pour des raisons dont nous avons évoqués plus haut, doivent absolument se faire par le biais d’une approche inclusive, scientifique et surtout ouverte à la diversité des points de vue. Elle doit surtout se faire dans son ensemble, en acceptant les événements négatifs pour certains et positifs pour d’autres. La modernisation et le laïcisme doivent pouvoir cohabiter avec l’Islam, et le nationalisme avec le multiculturalisme. Ainsi, la présence des instituts religieuses, de la religion musulmane, de la présence et de l’acceptation du voile islamique dans le quotidien et non tout simplement du «laicisme à l’Ataturk» qui prétend prôner la vérité absolue à et à être dictée. L’histoire de la Turquie contemporaine est l’addition de tous ces facteurs. La Turquie n’a pas le cheminement historique de l’Iran encore moins de l’Afghanistan. Il est le voisin immédiat de l’Europe, il est aussi la région où l’Europe a tiré ses plus vastes et les plus anciennes sources de ses civilisations. La culture turque s’est renforcée et a précisé son identité à travers toute son existence. Elle a UNE seule histoire et c’est l’empire ottoman additionné à la République turque.

Un proverbe turc dit ainsi : «Apprendre son passé c’est comprendre son présent ». Il est extrêmement indispensable d’apprendre et d’exposer l’histoire de la Turquie et celle-ci par des historiens et des spécialistes du domaine. Il est donc important de connaître l'Histoire de son pays afin de ne pas s’approprier d’une histoire qui n’est pas la notre. L’enjeu est de taille.

Safiye AYDIK, Finissante de Baccalauréat en Histoire

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